69,3% des Espagnols estiment que Rabat fait chanter Pedro Sánchez

La crise migratoire à Ceuta n’a pas seulement durci la perception des Espagnols à l’égard du Maroc. Cela a également ouvert une brèche au sein de l’électorat socialiste lui-même. L'enquête NC Report pour LA RAZÓN dresse un tableau dévastateur de l'histoire que le gouvernement a tenté de construire ces derniers jours : 69,3% des Espagnols considèrent que le Maroc utilise le contrôle des flux migratoires pour faire chanter politiquement le président Pedro Sánchez.

Telles sont les principales données d'une étude qui reflète une opinion publique très éloignée de la position officielle de l'Exécutif. Mais, en outre, l'enquête laisse un élément encore plus politiquement pertinent : bien que la majorité des électeurs socialistes continuent de soutenir la version de Moncloa, entre 23 % et 32,5 % de ceux qui ont soutenu le PSOE lors des élections générales de 2023 partagent des thèses qui heurtent de plein fouet le discours soutenu par l'exécutif pendant la crise.

Enquête du rapport NC d'août : Ceuta infographie LA RAISON LA RAISON

23,5% des électeurs socialistes estiment que le Maroc fait chanter Sánchez, contre 60% qui le nient et 16,5% qui ne s'expriment pas. Le soutien des électeurs du PP et de Vox est pratiquement unanime, avec respectivement 93,2% et 94,2%. Cette fracture est reproduite dans pratiquement toutes les questions posées par l'étude. 29,5% des électeurs du PSOE considèrent que l'Espagne a subi une « invasion » avec l'entrée massive et illégale de Marocains à Ceuta, une expression que le gouvernement rejette depuis le début de la crise.

Dans l'ensemble de la population, cette perception atteint cependant 70,8%, tandis que parmi les électeurs populaires et Vox, elle atteint 91%. L'hypothèse du prétendu chantage trouve son origine dans l'espionnage subi par le téléphone portable de Sánchez à travers le programme Pegasus dont 2,57 gigaoctets d'informations ont été extraits en pleine crise diplomatique avec le Maroc en raison de l'accueil du leader du Front Polisario, Brahim Ghali, et de l'entrée massive de migrants à Ceuta la même année.

Depuis, la possibilité que Rabat ait obtenu des informations sensibles du chef de l'Exécutif alimente une grande partie du débat politique. C'est peut-être pour cette raison que 28,5% de l'électorat socialiste estime que la pression migratoire a été un acte d'agression organisé par le Maroc, contre 60% qui ne sont pas d'accord. De manière générale, sept Espagnols sur dix (71,2%) partagent la thèse du chantage comme pression pour revendiquer la souveraineté de Ceuta et Melilla.

Les jeunes immigrés arrivés à Ceuta jeudi dernier vivent dans la rue
Les jeunes immigrés arrivés à Ceuta jeudi dernier vivent dans la rue Agence EFE

Le même schéma apparaît lorsqu’on interroge sur le comportement du royaume alaouite. 77,3% des Espagnols considèrent que le Maroc agit comme un pays ennemi, une opinion également partagée par 32,5% des électeurs du PSOE, contre 42,5% qui le rejettent et 25% qui préfèrent ne pas prendre position.

La crainte que Rabat use à nouveau de la pression migratoire n’est pas l’apanage exclusif de la droite. Trois Espagnols sur quatre (75,2%) estiment que le Maroc va répéter une manœuvre et, parmi ceux qui ont voté pour le PSOE, près d'un tiers (29,5%) la partagent. 65,6% rompraient les relations diplomatiques avec le Maroc, un pourcentage qui inclut 24,5% des électeurs socialistes. De même, 67,9% s'engagent à soumettre le pays voisin à une surveillance stricte, une mesure également soutenue par 21,5% de l'électorat du PSOE.

62,5% renforceraient la présence militaire et policière à Ceuta, même si dans ce cas le soutien des électeurs socialistes tombe à 8,8%. L'enquête s'interroge également sur la demande de responsabilités. Près de six sur dix (59,8%) estiment que les ministres de l'Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères devraient démissionner. Même parmi les électeurs socialistes, 19% partagent cette demande, contre 69% qui la rejettent.

Enfin, l'étude s'interroge directement sur les actions de l'Exécutif envers le Maroc et l'Union européenne. 63,3% estiment que le gouvernement s'est montré indulgent envers Rabat et dur envers ses partenaires européens, une affirmation soutenue même par 19,5% des électeurs du PSOE. L'enquête dégage un large consensus sur la gravité de la crise dans laquelle Ceuta s'est effondrée en seulement 48 heures avec l'entrée de 72 000 personnes, ainsi que sur la responsabilité de Rabat.

IRESTE, plus connu sous le nom d'Institut de Recherche d'Enseignement Supérieur aux Techniques de L'électronique, est un média spécialisé dans le domaine de l'électronique.