Pompée fit battre en retraite Jules César et manqua l'occasion de le vaincre définitivement. De cet épisode est sortie une phrase qui adresse un reproche à celui qui dirige. « Aujourd'hui, l'ennemi aurait gagné s'il avait eu un commandant vainqueur ». Transféré au débat sur Ceuta, il pose une question inconfortable pour Pedro Sánchez. Dans quelle mesure les décisions du Gouvernement ont-elles contribué à résoudre la crise ?
La comparaison est politique et non militaire. L’Espagne et le Maroc ne sont pas les armées de César et de Pompée, et les migrants ne sont pas des ennemis. Ce que la citation nous permet de discuter, c'est la capacité d'un leader à utiliser les ressources dont il dispose et à convertir ses décisions en résultats.
Que voulait dire Jules César avec cette phrase ?
Plutarque rassemble l'épisode dans son ouvrage La Vie de César. Pendant la campagne de Dirraquio, en l'an 48 av. C., les troupes de Pompée repoussèrent celles de César, qui craignit que tout ne soit perdu. Cependant, son adversaire n’a pas profité de ce succès pour poursuivre l’attaque.
Selon le récit de l'historien, César aurait alors prononcé devant ses amis l'observation qui a survécu jusqu'à nos jours dans différentes traductions. Il remettait en question la capacité de Pompée à remporter une victoire qui semblait à sa portée.
L'histoire inclut également les propres doutes de César. Après ce qui s'est passé, il a passé la nuit à se reprocher ses décisions et à se convaincre d'avoir mal dirigé la campagne. La critique du rival coexistait avec la reconnaissance de ses propres erreurs.
Le leadership de Sánchez face à la crise de Ceuta
À Ceuta, le gouvernement doit répondre à la fois par l'attention portée aux personnes qui sont entrées dans la ville et par ses actions envers le Maroc. Ce sont des responsabilités différentes, et les progrès dans la première ne suffisent pas à clarifier les questions concernant la seconde.
Le Tribunal national a refusé de paralyser en urgence le camp prévu dans le port pour accueillir un millier de personnes. La décision autorise la poursuite de l'installation, même si elle ne résout pas le fond du recours présenté par le Syndicat unifié de la police, qui avait soulevé des objections de sécurité.
Óscar Puente a salué la décision judiciaire comme « une bonne nouvelle qui nous permet de continuer à avancer contre toute attente ». Le camp offre à l'exécutif un espace pour s'occuper et identifier les immigrants avant de procéder, le cas échéant, à leur expulsion. Sa mise en œuvre ne résout toutefois pas la coopération nécessaire à l’exécution des retours.
Sur le plan européen, le Parlement a approuvé une résolution qui montre du doigt le Maroc et condamne le recours à l'immigration comme instrument de pression. Il appelle également à une coopération entre Madrid et Rabat en matière de contrôle des frontières et de réadmissions. Les autorités marocaines ont, de leur côté, nié leur implication dans cette agression.
Le contraste permet de s'interroger sur les résultats de la stratégie de Sánchez envers Rabat. Le Gouvernement a défendu la collaboration marocaine, tandis que le Parlement européen exige des responsabilités de la part de ce même interlocuteur. La question qui se pose au président est de savoir quels engagements spécifiques il obtient de cette relation et comment ils se traduisent en réponse pour Ceuta.
La phrase attribuée à César ne démontre pas qu'un autre président aurait résolu la crise. Il offre un critère permettant de juger qui gouverne. Dans ce cas, les résultats doivent se mesurer à l'attention portée aux personnes accueillies, aux conditions de sécurité de la ville et au respect des engagements frontaliers du Maroc.





