de l'Elysée à la solitude d'une cellule de neuf mètres de la prison de la Santé

Lui qui fut autrefois locataire du luxueux palais de l'Elysée, entre banquets, tapis rouges et meubles design, dort aujourd'hui dans une cellule de neuf mètres. Le contraste doit sans aucun doute être un coup dur pour le foie.

Mardi dernier, Nicolas Sarkozy est entré à la prison de la Santé, située dans le quartier Montparnasse à Paris, condamné à cinq ans de prison pour crime de complot, sur fond d'accusations de financement illicite par le défunt dictateur libyen Mouammar Kadhafi de sa campagne présidentielle de 2007, au cours de laquelle il avait battu la socialiste Ségolène Royal.

À son arrivée à la prison, Sarkozy a été soumis aux procédures habituelles : prise d'empreintes digitales, photo, contrôle médical et attribution de cellule. Comme prévu, l'ancien président a été placé dans le « quartier des personnes vulnérables », une section spéciale réservée aux détenus nécessitant des mesures de sécurité renforcées, comme les anciens policiers, juges ou personnalités publiques. Les gardiens lui préfèrent un autre nom qui joue entre glamour et ironie : « le quartier VIP ».

La cellule individuelle de Sarkozy dispose d'un lit, d'un bureau, d'étagères, d'un lavabo, de toilettes et d'une petite douche privée, un luxe rare dans les prisons françaises. La journée commence à sept heures du matin, sur un rythme presque militaire : le réveil des fonctionnaires pour compter les prisonniers. Il prend du café avec du pain et du beurre au petit-déjeuner, comme le reste des détenus.

Le reste de la journée est consacré à la lecture, à l’écriture et à des exercices légers. Vous avez droit à une heure par jour de marche solitaire dans un petit patio intérieur. Les déjeuners et dîners sont servis dans votre cellule et les appels téléphoniques sont limités et surveillés. Il peut recevoir la visite de son épouse, Carla Bruni, ainsi que de ses avocats, dans une pièce spéciale séparée par des vitres de sécurité.

Prison SantéA. CruzLA RAISON

Le ministre français de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a confirmé avoir autorisé un dispositif d'isolement pour Sarkozy, qui correspond à son statut d'ancien président de la République, et qui le protège des fortes menaces qu'il a déjà reçues en prison. Cette semaine, une vidéo enregistrée à l'intérieur de la prison de La Santé a circulé sur les réseaux sociaux, dans laquelle trois détenus poussent des cris, des insultes et des menaces de mort contre l'ancien président. Tous trois sont en détention spéciale. Une fouille des téléphones portables a également été ordonnée.

Sarkozy reste donc en isolement absolu et n'a aucun contact avec les autres détenus. Toute interaction pourrait conduire à une agression. Deux policiers ont été affectés dans les cellules adjacentes pour assurer leur protection, une mesure critiquée par ceux qui dénoncent la surpopulation carcérale. À La Santé, le taux d'occupation des 757 cellules est de 191 %, soit presque le double. Les cellules qui étaient destinées à accueillir une personne – avec l’installation de lits superposés – en abritent désormais deux.

Selon des sources carcérales, Sarkozy a demandé à entrer avec trois livres : Le Comte de Monte-Cristo, une biographie de Jésus-Christ et un essai sur le leadership politique. Son quotidien est fait d'isolement et de lecture. Mais surtout une solitude totalement éloignée de l’hyperactivité politique et médiatique qui a marqué sa vie pendant des décennies.

Chaque déplacement au sein de la prison – qu'il s'agisse d'un contrôle médical ou d'une visite familiale – suit un protocole de sécurité particulier, conçu conjointement par les ministères de l'Intérieur et de la Justice. Ce dernier assure toutefois que l'ancien président ne bénéficie pas de conditions préférentielles : « Il doit être protégé, pas privilégié », a déclaré un porte-parole officiel. Mais au-delà des déclarations qui cherchent à réaffirmer la fameuse « égalité » française, l'incarcération de Sarkozy représente un défi à la fois logistique et symbolique pour l'administration pénitentiaire, qui doit faire un véritable jonglage pour maintenir l'équilibre entre sécurité et normalité.

Dans ce contexte tendu, le ministre de la Justice lui-même, Gérald Darmanin, a annoncé son intention de rendre visite à Sarkozy en prison. Les effets indésirables ne se sont pas fait attendre. Rémy Heitz, procureur général près la Cour de cassation, a estimé qu'une visite du ministre pourrait « porter atteinte à l'indépendance des juges ».

On estime que l'ancien locataire de l'Elysée restera « au minimum trois semaines à un mois » en prison, selon son avocat, Christophe Ingrain, aux portes de la Santé, le jour de son admission.

La cour d'appel de Paris a deux mois pour se prononcer sur la demande de liberté provisoire présentée par sa défense. Pendant ce temps, l'ancien président assure qu'il écrira les premières pages de son prochain livre, où il racontera ses jours en prison et son processus judiciaire, qu'il continue de considérer comme injuste.

IRESTE, plus connu sous le nom d'Institut de Recherche d'Enseignement Supérieur aux Techniques de L'électronique, est un média spécialisé dans le domaine de l'électronique.